La Baie de Somme est un des meilleurs endroits pour observer les passereaux nordiques en France. 5 espèces sont représentées ici : l’Alouette haussecol, le Jaseur boréal, la Linotte à bec jaune, le Bruant des neiges et le Bruant lapon. On les observe principalement sur la laisse de mer et à l’entrée des baies.
La Baie de Somme est le premier site d’hivernage de l’Alouette haussecol (Eremophila alpestris) en France. En hiver, on a le plus de chance de l’observer à la Pointe du Hourdel et au Banc de l’Ilette. Mais elle fréquente de préférence les prés-salés (Baie de la Maye) où elle trouve suffisamment de nourriture. L’alouette reste bien cachée dans les herbes et on a donc peu de chance de l’observer. Le nombre d’hivernant varie d’année en année, mais au total ce sont chaque année quelques dizaines d’individus dispersés sur le littoral. Le plus grand groupe jamais noté fut observé en décembre 1962 avec pas moins de 160 Alouettes haussecols. Malheureusement, les hivers de plus en plus doux ne favorisent pas la présence de l’espèce sur nos côtes. Quelques beaux groupes sont tout de même observés par exemple 38 individus en novembre 2003 (Banc de l’Ilette), 30 en février 2004 (Pointe du Hourdel), 40 en janvier 2006 (Banc de l’Ilette), et 30 en avril 2010 (Brighton-les-Pins). Quelques individus étaient jadis observés en migration (première décade d’octobre) sur le Banc de l’Ilette, mais la dernière mention d’un migrateur date de 2007.
Une autre espèce devenue bien rare en France est la Linotte à bec jaune (Linaria flavirostris). La Baie de Somme était jadis le premier site d'hivernage en France pour cette espèce. Elle détient le record français de 2000 individus en décembre 1966. Mais depuis 1971, on note une très forte baisse d’effectif. L’espèce entre dans la liste du CHR (Comité d’homologation régionale) dans les années 2000. Mais depuis l’hiver 2009-2010, elles reviennent dans l’Hexagone. Depuis cet hiver, elle fréquente à nouveau les côtes. Un pic de présence est noté durant l’hiver 2010-2011 avec un maximum de 34 individus en janvier 2011. Contrairement aux autres passereaux nordiques, la Linotte à bec jaune s’observe en Baie de Somme uniquement de fin-novembre à début-février. Elle est attirée par les rassemblements des Linottes mélodieuses (Linaria cannabina) avec qui elle aime chercher de la nourriture. La Baie d’Authie est le seul endroit où elle s’observe chaque année. Mais d’autres sites sont également favorables comme le Banc de l’Ilette (observation récente de 6 individus le 3 janvier 2014), la Baie de la Maye et la Pointe du Hourdel. Il est à espérer que cet hiver ne soit pas le dernier pour cette espèce.
Le passereau nordique le plus commun en Baie de Somme est le Bruant des neiges (Plectrophenax nivalis). En France, les plus gros groupes sont notés sur la plage de Marck (Les Hemmes-de-Marck), la plage du Clipon (Loon-Plage), la Réserve Naturelle Nationale du Platier d’Oye, le nouvel avant port de Dunkerque, le Banc de l’Ilette et la pointe du Hourdel. On distingue les 2 principaux bastions de l’espèce : la plage allant du port de Dunkerque à la ville de Calais (20-30 km de plage) et la Baie de Somme/Baie d’Authie sud (25 km de sable et 15 km de galets pour 72 km de côtes). Chaque année, plusieurs dizaines Bruants des neiges hivernent régulièrement en Baie de Somme et certaines années, plus de 100 individus peuvent être observés comme cet hiver où 200-250 individus sont présents sur le littoral picard. Un groupe de 130 individus était présent sur le Banc de l’Ilette ce 3 janvier 2014. D’autres groupes, plus modestes, sont notés en Baie d’Authie et sur la Pointe du Hourdel (par exemple: 48 ind. le 30/12/2011). Le plus gros groupes jamais noté en Baie de Somme date de l’hiver 1996-1997 avec pas moins de 171 individus.
Contrairement aux espèces précédentes, le Bruant lapon (Calcarius lapponicus) s’observe uniquement en petit groupe (ne dépassant pas la dizaine d’individus) ou en solitaire ce qui le rend très discret et difficile à observer. Pourtant, il s’observe chaque année en hivernage sur le littoral picard, principalement sur le Banc de l’Ilette, dans la Baie de la Maye, sur le cordon de galets à Cayeux-sur-Mer (Hourdel, Brighton-les-pins, Ault…) et surtout en Baie d’Authie. En période de migration, on a le plus de chance de l’observer de fin-septembre à début-octobre. Mais le nombre de migrateurs varie fortement d’une année à l’autre avec des périodes de raretés et d’autres ou il est plus commun. Par exemple (suivi de migration au Banc de l'Ilette) : 6 migrateurs en 1985 et tout d’un coup 28 en 1986, 26 en 1987, une baisse temporaire avec 10 individus en 1988 et puis de nouveau 23 migrateurs en 1989. Aujourd’hui, les migrateurs sont beaucoup plus rare car très peu d’oiseaux hivernent plus au sud. Mais on note toujours le même phénomène : 3 migrateurs en 2008, aucun en 2009, puis 10 en 2010 et puis 1 en 2011, aucun en 2012 et 2 en 2013.
D’autres passereaux nordiques s’observent en Baie de Somme pendant des vagues de froid ou des invasions comme le Jaseur boréal (Bombycilla garrulus). Depuis plusieurs hivers l’espèce est régulièrement notée en France, en Belgique et aux Pays-Bas. En Baie de Somme, le Jaseur boréal fut observé en migration sur le Banc de l’Ilette et en hivernage dans le village de Pierre&Vacances à Belle-Dune (commune de Fort-Mahon-Plage) avec parfois plus de 80 individus rassemblés ! Ses invasions sont de plus en plus fréquentes, mais le nombre d’individus effectuant cette invasion est beaucoup plus bas que les années précédentes. Au 19ième siècle, le Jaseur boréal était déjà observé de façon irrégulière en Baie de Somme (1829, 1845, 1850, 1867, 1895) et aussi au 20ième (petites invasions en 1979, 1989 et en 1996). La grosse invasion ayant touché la France durant l’hiver 1965-1966 n’a apparemment pas atteint le littoral picard. En ce début du 21ième siècle, on observe une première grosse invasion pendant l’hiver 2004-2005. Depuis cet hiver, on note quasiment que de petites invasions : l’hiver 2008-2009 (fin-décembre à début avril), aucune pendant l’hiver 2009-2010, puis une autre pendant l’hiver 2010-2011 (octobre-janvier), aucune pendant l’hiver 2011-2012, nouvelle grosse invasion pendant l’hiver 2012-2013 (novembre-décembre).
La Corneille mantelée (Corvus cornix) est un corvidé qui n’hiverne plus en Baie de Somme à cause de la sédentarisation des oiseaux dans le nord de l’Europe, un des effets du réchauffement climatique. Jadis plusieurs individus, voir une centaine hivernait dans la baie. Par contre, un rapace qui était devenu rare au début des années 2000, s’observe à nouveau en Baie de Somme, il s’agit de la Buse pattue (Buteo lagopus) qui est arrivée en grand nombre pendant l’hiver 2010-2011. Plusieurs individus ont également hiverné pendant l’hiver 2011-2012. Depuis, elle s’observe à nouveau occasionnellement dans les endroits favorables à l’espèce (Hâble d’Ault, Banc de l’Ilette et Noyelles-sur-Mer).
Rassemblement de passereaux (Verdier d'Europe, Linotte mélodieuse...) susceptible d'attirer quelques Linottes à bec jaune, Brighton-les-Pins (janvier 2014)





